Dis-neuf ans pour un rêve

Dis-neuf ans pour un rêve

13 February 2019 0 By Emmanuel Lamarle

La Diagonale des Fous 2018

Par Mathieu Magrin

À nos yeux, certaines épreuves revêtent quelque chose de particulier, quelque chose que l’on mûrit des années et des années. Et lorsque le rêve prend forme, l’attente laisse place à la plénitude.

Dix-neuf ans pour réaliser un rêve : venir à bout de la Diagonale des fous, l’épreuve reine du Grand Raid de La Réunion ; un rêve comme un autre – j’aurais pu décider de me mettre sérieusement à la guitare avec pour objectif de jouer à la perfection le répertoire d’Hendrix… Mais voilà, c’est de course à pied, et plus précisément de trail, dont il s’agit.

L’envie de réaliser cette course est née en 1999, lors de mon service militaire à La Réunion en rencontrant des collègues qui l’avaient courue.

Entre temps deux tentatives infructueuses, des abandons en pagaille, et des années à tenter de construire, à coups de kilomètres, un corps et une tête capables de passer cette ligne d’arrivée au bout de 168 km et presque 10 000 m de dénivelé positif.

Le plus dur ne fut pas de renforcer les cuisses ou le système cardiovasculaire, dans ce cas j’aurais réussi à achever l’épreuve dès 2012 à ma première tentative, non, le plus difficile a été de me débarrasser de mon mental en chamallow.

Diagonale des Fous 2018

Trouver les ressources psychologiques à mobiliser lorsque tout fait mal, que les douleurs sont partout mais ne doivent pas se convertir en souffrance, lorsque grelottant de froid après une micro-sieste de 30 minutes couché à même le sol, au bord du sentier, il faut trouver encore du sens à ce que l’on tente de réaliser, continuer à avancer… Tout ça m’a pris du temps… Beaucoup plus qu’à d’autres coureurs ; nous sommes tous différents et certains ont des ressources psychologiques plus importantes que d’autres. Pour moi ce fut laborieux, long et parsemé d’échecs.

C’est la raison pour laquelle je me sens tellement satisfait aujourd’hui, c’est très peu, cela peut également paraître dérisoire, de nombreux coureurs obtiennent leur « diplôme » de finisher de la Diagonale tous les ans. Mais le vilain t-shirt jaune de finisher accompagné de sa breloque made in China qui m’ont été remis sous l’arche d’arrivée après 48h59min33s de course ont pour moi une valeur inestimable.

C’est un truc à l’opposé de la dictature de l’immédiateté de notre société, de la satisfaction éphémère d’un achat compulsif, une joie qu’aucune carte visa gold ne peut offrir, quelle que soit la profondeur du compte en banque : il faut se le gagner « de haute lutte », en y laissant littéralement ses plantes de pieds.

Les enseignements sont nombreux sur les capacités trop peu exploitées que nous avons tous de faire des choses qui semblent impossibles. J’ai vécu une sensation très forte au 80ème kilomètre lorsque j’ai senti que mon corps avait capitulé – il avait intégré, enfin, que c’est ma tête qui allait décider de la fin heureuse de cette aventure.

Trente kilomètres plus loin, le jour se levait pour la seconde fois sur les montagnes. J’allais basculer en haut du Maïdo après une seconde nuit blanche bien sûr difficile, et j’ai pris cette photo… Le soleil me réchauffait, la nuit disparaissait, emmenant avec elle les doutes et la lassitude, j’avais la certitude que j’allais terminer la course…

Diagonale des Fous 2018

Je profite depuis d’une belle plénitude, normal me direz-vous, 19 ans à méditer sur un rêve, ça ouvre les chakras !

La Diagonale des Fous

• ultra-trail

• île de La Réunion

• 165 km et 9500 m D+

• un parcours mythique du sud au nord de l’île passant par les trois cirques

• des sentiers souvent très techniques

• délai très large permettant au plus grand nombre de terminer

• vainqueurs 2018 : Benoit Girondel (23:18:48) et Jocelyne Pauly (28:54:26)

• 3 autres formats de course

http://www.grandraid-reunion.com