Le bonnet de laine de Maurice

Le bonnet de laine de Maurice

22 February 2019 0 By Emmanuel Lamarle

Par Laurent Vercueil

Un bonnet de laine lui couvre ses oreilles. Il porte des chaussettes hautes, remontées sous le genou, des chaussettes tricotées par sa belle-mère. Sous son short, pour se protéger encore mieux du froid, les collants de sa femme (c’est le conseil d’un ami cycliste). Sa lampe torche à la main encore éteinte, il s’apprête à sortir du hall pour rejoindre, le plus tard possible, la ligne de départ. Un juste poil avant minuit. C’est qu’une nouvelle édition de la course hivernale qui relie Saint-Etienne à Lyon par les monts du Lyonnais est sur le point de partir. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment une course, c’est un mythe. Et Maurice, avec son bonnet et ses chaussettes, fait partie du mythe.

Il s’est finalement décidé à se glisser hors du bâtiment, et son équipement lui évite la morsure du gel de décembre. Le temps de gagner, d’un pas calme et confiant, la foule qui se presse au pied du starter, soudain les souvenirs affluent, comme une marée qui lui vient de la nuit profonde. Maurice est présent, mais il est aussi un peu ailleurs et se laisse envahir par l’ambiance nocturne qui prête à la nostalgie : en 1984, presque vingt ans auparavant, il découvre l’ultrafond sur la Saintélyon. Ce très bon cycliste excelle immédiatement, et dès l’édition suivante, il passe sous les cinq heures pour une soixantaine de kilomètres.

Il apprécie le côté encore bricolé de l’épreuve, les sentiers qui se déroutent, les chemins qui se perdent, et il s’égare en 1986, en pleine campagne, alors qu’il est seul en tête. Les coureurs ne sont alors pas si nombreux, et on se retrouve rapidement esseulé, sans repères, heureux de trouver les bénévoles à Sainte-Catherine, à qui donner sa carte à poinçonner en haut des marches de la salle des fêtes, puis repartir en les saluant, et se glisser furtivement, comme un voleur, dans le brouillard qui monte avec le jour, à la plongée sur Lyon.

Première victoire de Maurice en 1988, dans la gadoue. Guillot, dont la lampe était tombée en panne depuis Sainte-Catherine, le suit depuis comme son ombre et ils vont partager la victoire sur la ligne d’arrivée. Un geste rare sur cette course. Il récidive, seul, en 1989, en signant devant Gérard Petit, un monstre sacré de l’épreuve, longtemps recordman. En 1993, troisième victoire en 4 heures 32, chapeau l’artiste encore capable de signer une cinquième place en 2001, alors qu’il est V2… Avec Michel Delore, Gérard Petit, Jerome Trottet, Franck Proeitto, Maurice Mondon fait partie de l’histoire de la Saintélyon.

Lorsque le coup de feu est donné, Maurice libère sa foulée et son short vient battre au vent de sa course. On voit encore sa frêle silhouette qui file sur la route de Saint-Etienne à Sorbiers, avant que la forêt ne l’avale une fois de plus.

Ce texte est largement inspiré de l’article de Maurice Mondon, dans Ultrafondus numéro 5, octobre 2003, pages 40 et 41.