Naissance de l’ultra-trail à Cauterets, le 24 juillet 1904

Naissance de l’ultra-trail à Cauterets, le 24 juillet 1904

22 February 2019 0 By Emmanuel Lamarle

Par Laurent Vercueil

Le soleil darde la pierre gris-bleue pyrénéenne. Il est dix heures du matin. Les masses oblongues, gigantesques des pics du Vignemale se dressent silencieusement au dessus d’eux. Ils ne le savent pas*, mais ils ont déjà un marathon derrière eux. Et Jean-Marie vient de passer Dominique. Les cousins Bordenave. Un guide de la compagnie de Cauterets devant un autre. Dans une heure, ils seront arrivés, dans cet ordre. Un poil après six heures de course. Et quelle course !

Le temps est magnifique, en ce dimanche du mois de juillet 1904.  Le public est venu nombreux acclamer ces guides dont les exploits sont racontés avec enthousiasme et lyrisme dans les journaux. Ils vont haut, ils sont intrépides et volontaires. Et puis, ils sont endurants. Très endurants. Et les réputations concurrentes des compagnies de guides décident des expéditions futures. C’est cette rivalité entre la compagnie des guides de Gavarnie et celle de Cauterets qui a décidé cette dernière à mettre sur pied une épreuve inédite. Une grande première, une compétition en montagne, de longue distance. Pensez : partir de Cauterets (935 m), remonter la vallée de Gaube, gravir la Hourquette d’Ossoue (2734 m), dégringoler dans la vallée puis attaquer la montée du Vignemale, franchir le glacier et atteindre le sommet de la Pique-Longue avant de revenir sur Cauterets par le col de Labas, Estom, la vallée du Lutour et la Fruitière, soit un total de 51 km et 2363 mètres de dénivelé. Les amateurs sont partis un peu moins d’une heure avant les guides professionnels, mais rapidement ces derniers ont rattrapé les premiers. Au contrôle de la Hourquette d’Ossoue, Catala, le premier professionnel, n’est plus qu’à deux minutes du meilleur amateur, un certain Sallenave. Les cousins Bordenave suivent ensemble, 14 minutes derrière. Au sommet de la Pique Longue (3298 m), Catala est toujours en tête. Les catégories des bergers et celles des amateurs sont dominées par Begarie (20 minutes derrière Catala) et Sallenave (37 minutes, mais parti bien avant) respectivement. Puis la course bascule, et les Bardenave doublent Catala, trop présomptueux. Dominique d’abord, puis Jean-Marie, et lorsque la descente s’amorce, Jean-Marie passe devant. Un regret : ceux de Gavarnie ne sont pas venus s’y frotter…

En 1906, Jean-Marie gagne pour une seconde fois, en abaissant son temps record. Il remporte définitivement le titre de champion du Vignemale.

* et pour cause : la distance officielle du marathon ne sera établie qu’à partir de 1921.