Critique livre – Mini guide pour ultra finisher

6 June 2019 0 By Emmanuel Lamarle

Bonjour à toutes et tous,

Ça faisait un bon moment que je n’avais pas proposé de critique de livre, que ce soit des ouvrages sportifs ou pas, et c’est donc reparti pour un tour, avec, pour commencer, le bouquin d’un copain, Eric Bonnotte. Je précise que c’est un pote, mais comme d’hab ma lecture se fait sans concession, ne vous inquiétez pas sur l’impartialité de ce qui va suivre.

Donc pour commencer, qui est Eric ? Un gars passionné et passionnant, un rigolo aux airs de Mister Bean, et un redoutable compétiteur lorsqu’il enfile sa tenue de course à pied. À ce jour, il compte 37 années de course à pied, dont 25 d’ultra. Oui, ça cause un peu. À l’heure où la plupart d’entre nous savions à peine tenir sur notre vélo sans les roulettes additionnelles, monsieur Bonnotte courait déjà le tour du Mont-Blanc en 4 étapes, un ancêtre de nos courses d’ultra modernes. C’était en 1993, mais vous pouvez, non vous devez aller jeter un œil sur la vidéo de cette épreuve datant de 1987, c’est complètement dingue (un mort à déplorer !). Donc pour revenir à notre ami Eric, il a couru son premier 100 bornes en 1995, et est l’un des 67 Finishers du tout premier Ultra-Trail du Mont-Blanc – c’était en 2003. Sinon pour finir de brosser le tableau d’Eric, il n’est ni entraîneur, il n’a pas de diplôme dans le domaine sportif, diététique, tout ça tout ça, et il l’assume sans problème.

Alors pourquoi un gars comme lui écrit-il un bouquin intitulé « Mini guide pour ultra finisher » ? Ce serait-y pas un peu présomptueux ? Et ben non. Depuis des plombes, Eric répond chaque jour à des tas de questions posées par des internautes. La question – « comment tu t’entraînes ? » doit revenir à peu près 10 fois par semaine. Parce que le gusse n’est pas non plus tombé de la dernière pluie : en 25 ans d’ultra, il a quand même testé à peu près toutes les conneries possibles et imaginables, et du coup il sait à peu près comment les éviter maintenant. Des tas de podiums, quelques victoires, seulement trois abandons, ça pose son homme. Alors voilà, ce bouquin, c’est le fruit de cette expérience, et rien d’autre : le partage de ce qui fonctionne pour un gars habitant un bled paumé dans le Doubs – et ça, ça en impose peut-être encore plus que le palmarès entier du bonhomme !

Qui va être intéressé par ce guide (qui n’a rien de mini) ? Le sportif (ou pas d’ailleurs, car justement le livre est davantage « écrit » qu’un guide d’entraînement habituel et se lit beaucoup plus facilement), donc le sportif qui veut se lancer sur ultra distance (plus d’un marathon), que ce soit sur route ou en trail, qu’il ait déjà ou pas une expérience en la matière. Ce livre n’a pas pour objectif de faire gagner des courses, mais bien de vivre au mieux cette discipline unique en ça qu’elle est accessible à tous, tout en étant extrêmement difficile à maîtriser – la maîtrise passant par celle des multiples paramètres (physique, alimentation, mental, gestion…) permettant de profiter à fond d’une épreuve. Par contre si tu veux de la statistique, de l’expérimentation scientifique, du dosage au microgramme, des beaux tableaux, des plans d’entraînement tout fait, etc., passe ton chemin.

Et que va-t-on y trouver dans le mini guide pour ultra finisher ? Pour Eric, « L’ultra-endurance, c’est quelque chose de plus complexe, de plus profond. C’est avant tout l’écoute de soi, le travail à la sensation, ‘au feeling’, une reconnexion avec soi-même. » Et encore : « L’ultra est un tout. Un mur de briques indissociables qu’il faut des années à construire, voire déconstruire pour mieux repartir. » Ainsi au travers de 7 grands chapitres, Eric va dévoiler, encore une fois selon sa propre expérience, l’ensemble de ce qui est nécessaire pour vivre l’ultra-endurance (trail, route, circuit) de manière positive, en alliant plaisir à long terme et performance à son propre niveau. Le cheminement du guide est assez classique en ceci qu’il aborde les points suivants : système cardio-vasculaire, système musculaire, système tendino-osseux, mental, système digestif, matériel, organisation générale. Et de la même manière, chaque chapitre contient des informations assez classiques pour qui a déjà un peu bourlingué dans le monde de la course à pied et de l’ultra, mais présentée de manière didactique, fun, et surtout abordable par tout le monde et très concrète. Et ça c’est drôlement cool !

On va donc débuter par l’organisation de l’entraînement – foncier puis spécifique, cycles – puis dérouler toutes les thématiques nécessaires – toujours selon Eric, mais j’aurais plutôt sacrément tendance à le rejoindre – à la bonne pratique, et surtout à une pratique raisonnée et raisonnable, de l’ultra. On aura donc droit, dans le désordre et sans être exhaustif, à : la pratique d’autres sports pour mieux vivre l’ultra (comme le cyclisme, la corde à sauter, le VTT, la natation), l’importance et le travail de la puissance musculaire, le week-end choc, tout sur le Off, la course horaire pour se tester, la méthode Cyrano, la relance, les médicaments, la pleine conscience (très important !), l’importance d’avoir du pied versus une chaussure surprotectrice, les étirements, des éléments de mental tels la visualisation, la bascule attentionnelle (même si le terme n’est pas directement employé), l’ancrage, les routines, l’alimentation au quotidien et en course (et ça diffère pas mal de ce qu’on peut souvent lire), l’affûtage, la recharge glucidique, la récupération et la reprise, le matériel sous toutes ses coutures, le laçage, le slip (je crois que c’est la première fois que je vois un chapitre sur le slip dans un livre de sport), le traitement des pieds… Bref, comme vous le voyez, il y a tout, absolument tout, pour appréhender un ultra, ou plutôt, selon la vision d’Eric – qui rejoint encore une fois pas mal la mienne -, pour intégrer l’ultra à sa vie de tous les jours. Et tout ça dans un guide de 218 pages seulement, où on ne s’ennuie pas une seconde !

Ah oui, car j’ai oublié de vous le dire, Eric est doté d’un solide humour, et il n’a pas pu s’empêcher de le distiller tout au long de cet ouvrage, que ce soit dans les titres de certaines rubriques (Astuce Bogosse), le nom de certaines séances, les bribes de récits de ses épreuves, ou son auto-dérision. Rien à voir avec un bouquin de Véronique Billat – même si j’apprécie beaucoup les écrits de Véronique Billat, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Mais là, quand même, on en apprend à chaque page, et en plus on se marre. Double effet Kiss Cool !

Allez quelques points un peu négatifs tout de même, dus notamment au fait, je pense, qu’Eric a auto-édité son bouquin (ce qui veut dire qu’il y a des éditeurs qui l’ont refusé, quelle marrade vu la qualité du bouzin !) : la mise en page est un peu trop dense à mon goût, et notamment la largeur prise par le texte empiète un peu sur la pliure centrale du livre, du coup il faut un peu le maltraiter pour avoir accès à la fin des phrases des pages de gauche. Ah et il y a quelques fautes qui traînent, mais franchement rien de rédhibitoire ! Ah si un dernier truc : le sommaire est à la fin, c’est un peu déroutant, en premier lieu j’ai cru qu’il n’y en avait pas, et du coup j’ai paniqué !

Sinon pour le reste, que du positif dans ce mini guide qui a tout d’un maxi best of !
• De l’humour présent de bout en bout
• Très honnête dans sa manière de présenter les choses (exemple en page 9 avec « Voici les domaines dans lesquels je n’ai pas de compétence » et d’énumérer les quelques ultras particuliers qu’il n’a jamais préparés).
• Également très honnête dans les objectifs de l’ouvrage : non, lire ce livre ne vous fera pas gagner le prochain UTMB (ce qui n’empêche pas François, Kilian et tous les cadors de le lire hein !).
• Référencé (Zatopek, Guillaume Millet…) lorsque c’est nécessaire et utilisant toute l’énergie collective mise en œuvre depuis le début des années 2000, principalement sur le forum Ultrafondus (Cyrano, relance, Off…).
• Ne vend rien, surtout pas de produits du commerce assurés « miracle », très sain dans son approche (faut dire que quand on habite le fin fond du Doubs, ça ne doit pas être facile de faire autrement !).
• Les « astuces bogosse ».
• Le côté très pratique, mise en situation, peu de grands principes et assez peu développés quand il y en a.
• Les nombreux extraits de récits de course qui viennent appuyer le propos et montrent, s’il en était besoin, qu’Eric s’appuie sur du concret testé et retesté.
• L’état d’esprit : « Cesse de croire que tu joues ta vie sur chaque ultra. Ça doit avant tout rester un jeu, un plaisir, une aventure sympathique. Souris, sois heureux, marre-toi, arrête de te prendre au sérieux ! »
• L’approche d’Eric intègre l’ultra dans son mode de vie, c’est un sport qui fait du bien, ce n’est pas « juste un sport ».

Pour tout ça, je tire mon chapeau à Eric qui a su redynamiser le bête livre d’entraînement à la course à pied et à l’ultra-endurance. C’est propre, c’est dense, c’est utile, c’est marrant, et ça ouvre les portes d’un ultra intelligent, pas du tout consommateur. Merci Eric, et achetez ce bouquin d’urgence !

Mini-guide pour ultra finisher par Eric Bonnotte
Prix : 12 euros

Le Super Marathon du Mont-Blanc 1987 : https://www.dailymotion.com/video/xlo2uj

Commander le livre : https://www.thebookedition.com/fr/mini-guide-pour-ultra-finisher-p-365649.html
Ou en librairie – ISBN 9791069935570